ARTICLE · BLOG RESELL ALCOOL

Quel est le plus ancien cépage encore cultivé aujourd'hui ?

·8 min de lecture
Vieille vigne de Savagnin au tronc noueux chargée de raisins dorés dans un vignoble du Jura, ruines d'abbaye en arrière-plan

La question paraît simple, mais la réponse est plus complexe qu’il n’y paraît.

Le monde du vin compte des milliers de cépages, certains très récents, d’autres issus de lignées vieilles de plusieurs siècles. Grâce aux progrès de la génétique et à l’analyse de l’ADN ancien, les chercheurs peuvent aujourd’hui comparer des pépins de raisin retrouvés sur des sites archéologiques avec les variétés modernes.

Parmi les cépages les plus fascinants, le Savagnin blanc occupe une place particulière.

Le Savagnin blanc, un cépage vieux de plusieurs siècles

Le Savagnin est surtout connu aujourd’hui dans le Jura, où il entre notamment dans la production du célèbre vin jaune.

Mais son histoire remonte bien plus loin.

Des chercheurs ont analysé l’ADN de pépins de raisin retrouvés sur différents sites archéologiques français.

L’un de ces pépins, découvert près d’Orléans et daté d’environ 900 ans, s’est révélé génétiquement identique au Savagnin blanc actuel.

Cette découverte est exceptionnelle.

Elle signifie qu’une variété cultivée au Moyen Âge a été conservée presque à l’identique jusqu’à aujourd’hui.

Pourquoi cette découverte est-elle importante ?

Dans la plupart des cultures agricoles, les variétés évoluent constamment.

Les plantes sont croisées, sélectionnées et remplacées.

La vigne fonctionne différemment.

Depuis des siècles, les vignerons utilisent notamment le bouturage pour reproduire une vigne possédant des caractéristiques intéressantes.

Au lieu de semer un pépin, ils prélèvent une partie d’une plante existante afin d’obtenir une nouvelle vigne génétiquement très proche de la plante d’origine.

Cette méthode permet de conserver une variété pendant plusieurs générations.

C’est l’une des raisons pour lesquelles certains cépages anciens ont traversé les siècles.

L’ADN révèle l’histoire de la vigne

La génétique a profondément changé notre compréhension de l’histoire du vin.

Les chercheurs peuvent aujourd’hui extraire de l’ADN à partir de pépins très anciens.

Ils comparent ensuite ce matériel génétique aux cépages modernes.

Ces analyses permettent d’identifier des parentés, des lignées et parfois des correspondances presque parfaites.

Dans le cas du Savagnin, la similitude avec un raisin médiéval constitue une preuve remarquable de continuité.

Mais ce n’est pas le seul cépage concerné.

Des liens avec les cépages de l’époque romaine

Les analyses réalisées sur des pépins datant de l’époque romaine ont également révélé des liens avec plusieurs familles de cépages modernes.

Certains échantillons anciens présentent des parentés génétiques avec les lignées du Pinot Noir, de la Syrah ou encore de la Mondeuse Blanche.

Cela ne signifie pas forcément que les Romains cultivaient exactement les mêmes cépages sous leur forme actuelle.

Mais cela montre que certaines lignées génétiques existent depuis très longtemps.

L’histoire des cépages modernes est donc parfois beaucoup plus ancienne que leur nom actuel.

Savagnin, Traminer et parentés anciennes

Le Savagnin appartient à une famille de cépages particulièrement ancienne.

Il est notamment lié au Traminer, autre variété historique européenne.

Ces cépages ont participé à la généalogie de nombreuses variétés modernes.

Au fil des siècles, des croisements naturels ou sélectionnés ont créé de nouveaux cépages.

Le patrimoine génétique du Savagnin s’est donc diffusé bien au-delà du Jura.

Cette ancienneté explique pourquoi les chercheurs s’intéressent autant à cette variété.

Le rôle du Moyen Âge dans la viticulture

Le Moyen Âge joue un rôle majeur dans l’histoire de la vigne en Europe.

Les monastères, les abbayes et les domaines seigneuriaux développent la viticulture dans de nombreuses régions.

Les vignerons sélectionnent progressivement les plantes les mieux adaptées aux sols, au climat et aux terroirs.

Cette sélection empirique contribue à fixer certaines variétés.

Au fil du temps, des cépages deviennent associés à des régions précises.

Le Pinot Noir se développe fortement en Bourgogne.

La Syrah s’installe dans la vallée du Rhône.

Le Savagnin trouve une place importante dans le Jura.

Le Jura, territoire historique du Savagnin

Aujourd’hui, le Savagnin est indissociable du vignoble jurassien.

Il est particulièrement adapté aux sols marneux de la région.

Son acidité naturelle et sa structure lui permettent de produire des vins capables de vieillir longtemps.

Il est notamment utilisé pour élaborer le vin jaune.

Ce vin est élevé pendant plusieurs années sous un voile de levures, ce qui développe des arômes caractéristiques de noix, d’épices et de fruits secs.

Le Savagnin possède donc à la fois une histoire ancienne et une identité moderne très forte.

Peut-on vraiment parler du cépage le plus ancien du monde ?

Il faut rester prudent.

Le Savagnin possède l’une des preuves génétiques les plus solides de continuité historique.

Mais cela ne signifie pas qu’il est nécessairement le tout premier cépage cultivé par l’homme.

La domestication de la vigne remonte à plusieurs milliers d’années.

Des traces anciennes de viticulture ont été retrouvées dans le Caucase, notamment en Géorgie.

Des cépages comme le Rkatsiteli sont également présentés comme faisant partie des variétés très anciennes encore cultivées.

Le problème est que toutes les variétés ne disposent pas du même niveau de preuve génétique.

La domestication de la vigne remonte à des millénaires

L’histoire du vin commence bien avant le Moyen Âge.

La vigne sauvage était présente dans plusieurs régions d’Europe et d’Asie occidentale.

Progressivement, les populations humaines ont sélectionné les plantes produisant les raisins les plus intéressants.

Cette domestication a donné naissance à la vigne cultivée.

Les échanges commerciaux, les migrations et les conquêtes ont ensuite permis aux variétés de circuler.

Les Grecs et les Romains jouent notamment un rôle majeur dans la diffusion de la viticulture autour de la Méditerranée.

Les Romains et la sélection des cépages

À l’époque romaine, la production de vin est déjà très développée.

Les agronomes romains décrivent différentes variétés de vignes.

Les producteurs sélectionnent les plantes selon le rendement, la qualité des raisins ou leur adaptation au climat.

Certaines lignées ont probablement survécu pendant des siècles grâce au bouturage.

Les analyses génétiques modernes permettent aujourd’hui de retrouver ces liens.

C’est une manière fascinante de connecter directement les vignobles actuels avec ceux de l’Antiquité.

Pourquoi certains cépages disparaissent-ils ?

Toutes les variétés anciennes n’ont pas survécu.

Certaines ont été abandonnées parce qu’elles produisaient peu.

D’autres étaient mal adaptées aux changements climatiques ou aux attentes des consommateurs.

Les grandes crises viticoles ont également joué un rôle important.

Au XIXe siècle, le phylloxéra détruit une grande partie du vignoble européen.

La reconstruction du vignoble entraîne une sélection plus forte des cépages.

Certaines variétés disparaissent alors progressivement.

Greffage et conservation du patrimoine viticole

Après la crise du phylloxéra, les vignes européennes sont majoritairement greffées sur des porte-greffes résistants.

Cette technique permet de préserver les cépages traditionnels tout en protégeant les plantes contre le parasite.

Le greffage devient donc essentiel à la conservation du patrimoine viticole.

Aujourd’hui encore, il permet de maintenir des variétés historiques comme le Savagnin, le Pinot Noir ou de nombreux cépages régionaux.

Les cépages anciens intéressent de nouveau les vignerons

Depuis quelques années, les cépages anciens connaissent un regain d’intérêt.

Les producteurs cherchent parfois à retrouver des variétés oubliées.

Certaines peuvent présenter des caractéristiques intéressantes face au changement climatique.

D’autres permettent de préserver la diversité génétique du vignoble.

Cette diversité est importante.

Un vignoble composé d’un nombre trop limité de cépages peut être plus vulnérable aux maladies ou aux changements environnementaux.

Un patrimoine vivant

Les cépages ne sont pas seulement des outils de production.

Ils représentent aussi une partie de l’histoire des territoires.

Chaque variété possède une généalogie, une origine et une relation particulière avec un terroir.

Le Savagnin illustre parfaitement cette continuité.

Un raisin cultivé au Moyen Âge peut encore être retrouvé aujourd’hui dans les vignobles du Jura.

C’est une forme rare de patrimoine vivant.

Le Savagnin, témoin de 900 ans d’histoire

Le Savagnin blanc n’est peut-être pas officiellement le plus ancien cépage du monde.

Mais il représente l’un des exemples les plus impressionnants de continuité génétique connue.

Grâce à l’analyse de l’ADN ancien, les chercheurs ont montré qu’une vigne cultivée il y a environ 900 ans correspondait déjà au Savagnin moderne.

Cette découverte rappelle à quel point l’histoire du vin est profondément liée à celle des hommes.

Derrière chaque bouteille se cachent des siècles de sélection, de bouturage, de greffage et de transmission.

Et certains cépages que nous dégustons aujourd’hui constituent peut-être les derniers témoins vivants des vignobles du Moyen Âge.

Écrit par Hugo Bomont, fondateur de Resell Alcool

Aller plus loin

Consultez tous les avis vérifiés des membres du club Resell Alcool.

Voir les avis Resell Alcool

Autres articles